traduit de l'italien par Narjes Moussa

La religion animiste et le culte fétichiste dans les pays subsahariens

Le culte animiste et le fétichisme ont entre eux de nombreux liens et ressemblances dans les rituels, mais ils sont profondément différents. L’animisme permet de communiquer à travers la création avec le Dieu suprême et c’est une religion aux implications universelles, tandis que le fétichisme est la pratique qui, à travers symboles, symbolismes et rituels magiques donne aux pratiquants la croyance qu’ils possèdent les génies et les forces surnaturelles qui font obtenir la satisfaction des besoins immédiats de la vie.  L’animisme est une religion qui attribue une âme à tous les phénomènes naturels, une énergie qui imprègne toute l’existence, visible et invisible, cause de tout phénomène, de la vie et de la mort, de la stabilité comme  de tout changement, énergie intrinsèque à chaque être vivant, humain, animal ou végétal, dans la matière solide elle-même ou liquide ou gazeuse. L’animiste possède la ferme conviction que cette énergie existe. Son intuition et son parcours religieux consiste à acquérir une profonde sensibilité par rapport à la nature, à observer les phénomènes naturels et les événements cycliques comme les jours, les lunaisons, les saisons. Les influences sur les événements naturels sont pour l’animiste un livre ou une lecture profonde et significative lui est possible. Les analyses que l’animiste est en mesure de faire sont le fruit d’une sensibilité obtenue par l’habitude de l’exploration des signifiants que la nature offre à la compréhension de l’homme.  L’animisme ne peut pas être simplement éliminé par la définition superficielle qu’on en donne de «religion primitive ».  La complexité et la profondeur des idées et des concepts de cette religion sont pour le chercheur assez surprenantes. Un véritable monde où, comme dans les autres religions, les forces du bien et du mal s’affrontent. Ces luttes effroyables et mystérieuses se manifestent dans la nature et dans le monde matériel sous la forme de symboles que l’animiste cherche à déchiffrer. La conscience que dans une graine se trouve « l’âme » entière de la plante, un dessein précis, l’exécution d’un projet grandiose, le désir inné de vivre, de germer, de croître, de fleurir, de fructifier afin de créer son semblable et être dans l’essence éternelle. C’est un exemple emblématique de la complexité et de la consistance de l’analyse et de la profondeur de l’animiste dans sa lecture de la nature. Un code que l’animiste acquiert non seulement dans l’examen attentif des manifestations naturelles mais aussi à travers l’enseignement d’un ancien, un maitre avec qui, même après sa mort, il continuera d’avoir un étroit rapport spirituel. Il l’invoquera continuellement, demandant, durant les rites religieux, protection et intercessions. L’animisme, en Afrique occidentale, est la religion autochtone pratiquée depuis des temps lointains, bien avant que n’arrivent l’Islam et le Christianisme considérés comme religions des peuples envahisseurs. Ces religions ont été en général, acceptées par les populations mais adaptées à leurs propres croyances et souvent dénaturée quant à leurs messages originels.  Dans les traditions des peuples animistes l’acceptation d’une nouvelle croyance religieuse n’est pas en opposition avec leurs principes. Les porteurs de nouvelles religions sont toujours accueillis avec leurs divinités qui sont d’une certaine manière inscrites au panthéon des divinités locales, et bien mieux encore, lorsqu’en certaines circonstances quand par comparaison il apparait évident aux animistes que le Dieu des chrétiens ou des musulmans par exemple est supérieur aux leurs, ils le déclarent ouvertement sans aucune hésitation. Dans la ville de Bobo Dioulassou (Burkina Faso) et à  Mopti (Mali), j’ai constaté par moi-même, la présence dans les marchés bondés, d’étals où des objets à vendre appartenaient aux religions les plus variées. Ils sont parfaitement exposés : queues de serpents, caméléons desséchés, bouquets de plumes de poule et tout ce qui est nécessaire pour le rite fétichiste, flanqués d’images du pape Woitila, de Saint Antoine de Padoue, de croix, de bibles et d’évangiles, de corans de diverses formes, de chapelets chrétiens et musulmans, de posters représentant la ka’ba et même des images de divinités hindoues arrivées là on ne sait comment. Il est vraiment formidable le syncrétisme religieux de cette extraordinaire culture! Voilà ici un argument qui pourrait nous enseigner les chemins d’une paix possible. Les anthropologues considèrent l’animisme comme la religion traditionnelle de l’Afrique et s’il est vrai que les rituels et les pratiques varient selon les ethnies, la substance fondamentale est la même. Le nom de Dieu est prononcé dans les prières, dans les bénédictions et durant les sacrifices.  Dieu donne la vie éternelle après la mort. L’animisme se caractérise selon les ethnies et se présente de manière différente selon l’histoire d’un groupe ethnique donné, de ses composantes historiques même remontant à un passé lointain et des personnages vrais ou mythiques qui se sont distingués par leurs pouvoirs chamaniques et divinatoires.  Le culte animiste a des jours imposés durant l’année pendant lesquels doivent se dérouler les rites(fêtes récurrentes). En ces occasions on sacrifie des animaux,  généralement des poulets et l’on fait à Dieu des offrandes d’eau, de farine, d’huile, de bière, de mil ou d’autres choses que l’on dispose en un lieu consacré. L’animiste croit en un dieu créateur qui dirige l’ordre parfait des choses toutes enchainées entre elles. Son aspect n’est jamais anthropomorphisé, au contraire il est  pensé comme ne faisant qu’un avec l’entière création, dans une conception qui peut s’apparenter à une sorte de panthéisme de l’universel. Dans l’idée des animistes africains, Dieu est bien trop puissant pour s’intéresser aux hommes. Il est au dessus des menues exigences et des petits problèmes humains. Pour cela, les intermédiaires suffisent. Ce sont les génies, les forces spirites du symbolisme que l’on exhorte par des rituels magiques. En un mot : « le fétichisme » ; on dit, communément, que les populations noires d’Afrique sont de religion « fétichiste » et l’on considère que tout ce qui fait l’objet d’un culte quel qu’il soit est un « fétiche ». Le terme « féticheur » en français vient du mot feticeiro des portugais qui, les premiers ont donné ce nom aux idoles africaines. Ce nom dérive lui-même du latin factitius et a donné en italien : « fattucchiero ».   Le fétichisme est l’ensemble des rituels magiques aux moyens desquels on croit qu’il est possible de créer alliances et complicité avec les génies et les esprits capables en même temps d’être bénéfiques ou au contraire nuire à eux même et à autrui. Melekey et Chitani (influence de la langue arabe pour ce terme. En effet « Melik et Sitan, signifie le roi Satan) est considéré comme le souffle qui donne vie à une chose inanimée. C’et un intermédiaire entre Dieu et les hommes qui souvent l’implorent eu tant que symbole de la force, de la puissance et de la source de vie. Parallèlement à Melekey et Chitani qui agit pour le bien, le fétichisme est animé d’esprits appelés «  Chitanis », les génies qui agissent sous l’ordre du mal. Ils sont soumis à Dieu mais vivent parmi les hommes qui se servent d’eux comme véhicules de la sorcellerie. Le fétichisme constitue donc une pratique pour obtenir la satisfaction des besoins immédiats à travers les génies dont on croit qu’ils vivent dans les manifestations naturelles. Ces Chitanis sont habituellement invoqués pour l’obtention d’une guérison mais aussi pour envoyer des malédictions. Après la guérison ou l’obtention d’un résultat requis, le fétichiste offrira un gros poulet en remerciement aux différentes forces qui sont intervenues.  La hiérarchie des forces naturelles est selon  les animistes, le reflet de celles surnaturelles. Ils relient les génies à différents degrés de pouvoirs dans un éventail de caractéristiques qui sont le reflet de celles des humains. Il existe des génies très puissants et comme les hommes puissants, le prix de leur intervention est très élevé ; mais le résultat est garanti ! A l’opposé, il y a des génies de peu d’importance, aux pouvoirs limités. Sur la base de ces différences nous pouvons observer des modalités de rituels qui varient du sacrifice animal, célébré avec d’intenses sentiments de dévotion  pour un génie important, jusqu’à  la simple et superficielle récitation de la formule de protection.

On croit que les génies, les esprits et les diverses entités supranaturelles vivent dans les phénomènes naturels dont ils sont les artisans ; dans les arbres par exemple dont les formes sont particulièrement monstrueuses et qui frappent plus que les autres l’imagination, dans les termitières, très fréquentes dans la brousse et dans certains animaux particuliers au sujet desquels on raconte d’extraordinaires légendes. Le culte s’exprime toujours à travers le sacrifice d’un animal. L’offrande sacrificielle est déposée sur le fétiche, différent selon les cas et les lieux. Les fétiches peuvent être : les crânes des ancêtres, les calebasses, des statuettes en bois sculpté, de la terre dans un récipient ; les cours d’eau sur les rivages desquels on fait des sacrifices. Après avoir prononcé les requêtes on égorge l’animal, généralement un poulet et on laisse couler le sang sur un simulacre. Ensuite, on laisse tomber dessus les plumes qui y adhèrent par la viscosité du sang. Tout de suite après, l’officiant mangera la chair de l’animal. Une dernière et synthétique considération sur la religion animiste d’Afrique occidentale : l’animisme est la foi de l’existence d’un dieu du macrocosme, un dieu qui s’occupe de l’univers entier, un être suprême, parfait, éloigné des affaires humaines du quotidien, au dessus des petitesses des hommes, créateur et moteur de tout, et qui ne peut que vouloir le bien des hommes et qui n’a nullement besoin d’être honoré à travers un culte. Le fétichisme présente les génies, habitants du microcosme qui sont proches des hommes, et qui vivent en rapport avec étroit avec eux. On fait appel à eux à travers des rites magiques pour demander des solutions à des problèmes humains. Un monde dangereux mais très intéressant dont les traces de certains aspects peuvent se retrouver dans nos cultures «  populaires ». C’est un monde où il est possible, au cours de son exploration, de découvrir implications et parallélismes  avec notre savoir ancien et ressentir en même temps la vertigineuse impression d’une philosophie cosmique.

Marino Alberto Zecchini

traduit de l'italien par Narjes Moussa  

 

 

 

I