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REEPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET DE LA TECHNOLOGIE –UNIVERSITE TUNIS EL MANAR ; LA CHAIRE BEN ALI POUR LE DIALOGUE DES CIVILISATIONS ET DES RELIGIONS
Le tourisme naturel et culturel au Sahara pour le dialogue entre les peuples Douz 2008.
PROJET PILOTE POUR LE DEVELOPPEMENT D´UN TOURISME CULTUREL ET NATUREL DESTINE AU SAHARA TUNISIEN ET CREATION D´UNE PLATEFORME INTERACTIVE INTERNATIONALE.
Marino Alberto Zecchini
-Prémisses-
La Tunisie de l´extrême sud a des particularités qui la caractérisent par rapport à la globalité de tout le grand Sahara : dans cette portion de territoire relativement petite, on peut trouver toutes les morphologies de base qui constituent un témoignage des processus complexes de désertification. C’est un champ d´observation où les phénomènes géologiques, climatiques et anthropiques sont liés et très proches entre eux. Il s´agit là d´un environnement unique qui permet l´observation et la compréhension du désert dans sa totale complexité, et ce dans un espace relativement réduit.
Le désert tunisien a été également le théâtre d´événements historiques récents de grande importance ; cependant, la mémoire historique, en grande partie, n´a été transmise que sous une forme orale. Les écrits détaillés sont rares et ne remontent qu´à quelques siècles. Malheureusement nous n´avons le plus souvent accès qu´au souvenir oralement transmis et celui-ci a subi probablement la mythisation que les conteurs lui confèrent, déformant ainsi la réalité historique.
Mon idée est que les directions de recherche avancent à partir de points inédits que nous pouvons classer en quatre parcours fondamentaux.
A)- Relecture historique à travers la sémantique et l´étymologie des toponymes du territoire.
B)- Le recueil et l´étude analytique des documents notariés qui pourraient être retrouvés dans la région.
C)- La création de petits musées naturels et ethnographiques dans les villages du sud tunisien.
D)- Formation d’une plate forme ouverte en tant que noyau et foyer interactifs entre cet environnement et tous ceux qui, de part le monde, sont intéressés par le désert.
Tous ces travaux seraient destinés à la création d´un réseau de connaissances inter-communicantes pour mettre en valeur ce territoire particulier du désert tunisien ; le but est de mettre en relief cette portion de Sahara pour sa complexité naturelle et humaine. Une partie des outils de recherche ont déjà été élaborés et réalisés par moi-même sous forme de publications, documents audio-visuels, ouverture de musée etc.…
A)- Relecture historique à travers la sémantique et l´étymologie des toponymes du territoire.
Ma proposition est de faire une étude sur l´environnement et l´histoire à travers les toponymes des localités dispersées dans tout le désert tunisien en partant de la ligne qui partage d´Ouest en Est le pays ; je parle du territoire à partir de RJIM ATUG-DOUZ- MATMATA qui comprend la partie sud du gouvernorat de Kebili et tout le gouvernorat de Tataouine. Le triangle désertique qui s´encastre entre l´Algérie et la Lybie jusqu´aux confins extrêmes de Borj el Khadhra.
Une étude détaillée pour la création d´un réseau de points qui ensemble, traduisent la complexité du système à travers les formes macroscopiques du paysage : Oasis, chotts, Sebkhas, hammadas et Ergs qui, à leur tour comprennent d´autres spécificités naturelles : dunes, montagnes, eau, sel.
A l´intérieur de ces macromorphologies, nous trouvons les sites de référence. Chacun d´eux a son propre nom qui signe un événement historique ou une caractéristique particulière de la nature ; la présence d´un puits ou celle d´une « gubba » avec l´histoire et l´impact spirituel d´un « Ouli », ou encore un fait mythique lié à un lieu et qui a marqué de manière indélébile la mémoire des hommes.
Tous ces lieux avec leurs dénominations spécifiques constituent un témoignage historique et précieux.
On peut y puiser des informations à travers l’analyse linguistique, sémantique et étymologique de signifiants qui pourraient être le point de départ d’une formulation inédite et originale de l’histoire de la région. Il s’agirait de réaliser un réseau de ces points communicants, non plus seulement à partir des pistes mais à travers l’étymologie des noms de lieux. Cela permettrait d’en faire ressortir à la fois les aspects historiques, mythiques et inhérents à la nature. La mise en relief de la spécificité de ce territoire par sa connaissance à travers ces nouveaux critères peut, à plus d’un titre, attirer l’attention des chercheurs et des voyageurs. Tous les toponymes de la région désertique pourraient constituer un réseau inter-communicant d’évènements qui retracent l’histoires du passé ; des témoignages de faits survenus à travers les changements d’époques , à traiter depuis la préhistoire (civilisation Capsienne) jusqu’à l’histoire romaine (Limes Tripolitanus) ; depuis l’arrivée des arabes et ses implications historiques, culturelles et religieuses jusqu’à nos jours, sans oublier la présence coloniale et la lutte pour l’indépendance du siècle passé et dont traces et références se retrouveraient dans divers toponymes. A travers un traitement linguistique et graphique, on pourrait composer la mosaïque inédite d’une carte documentée des sites avec leurs caractéristiques historiques et naturelles. Un travail inédit pour remettre en lumière ce territoire et motiver de nouveaux intérêts d’études, de recherches, de voyages. Il s’agirait de créer un instrument qui caractériserait le Sahara Tunisien en le mettant en évidence en tant que point historique et naturel privilégié dans tout le « Sahara El Kubra ».

Dans mon livre « Sahara Tunisien guide des puits et des sources », on peut trouver de nombreux sites dont l’histoire a été écrite grâce aux toponymes ; des recherches inspirées par le nom des lieux et dont l’approfondissement s’est fait par l’écoute des récits communiqués oralement par les anciens, par une relecture géomorphologique et par des explorations personnelles sur le terrain.
B)- La collecte de documents notariés
Un autre parcours de recherche de grand intérêt documentaire est la collecte d’actes notariés d’époques diverses qui je crois existent encore en grand nombre chez quelques familles de notables dans différents villages et petites villes du sud tunisien. Le recueil, l’étude et aussi peut être la traduction de ces textes pourraient avoir une importance fondamentale pour la composition d’une fresque historique de la région. Je crois qu’il serait possible de proposer aux possesseurs de documents notariés divers de nous permettre simplement d’en tirer copie. Cela permettrait alors de les étudier de près et de constituer ainsi une base de documentation. Grâce à l’exceptionnelle autorisation que m’a accordée la famille Nourdinne El Mekki El Marzougui de douz, j’ai pu dès 1993 avoir quelques centaines de photocopies de documents qui d’ors et déjà représentent une belle part d’archives riches et importantes sur la base de laquelle nous pouvons travailler. Ces documents, rédigés à différentes époques sont souvent le seul témoignage écrit par rapport à un territoire.
Par exemple l’une de ces copies représente l’unique document réel du Marabout de El Awina El Mahjub établi en 1493 et dans lequel est consigné l’acquisition d’un lopin de terre dans un jardin appelé Tarayed dans le village de Nagga prés de Kebeli. Je me suis engagé dans la traduction en italien et français de ce texte (et d’autres également) dans le but de présenter un document historique effectif et réaliste.
D’autres documents évoquent la vie et les aspects humains de cas d’esclaves affranchis par exemple ou de la situation des éleveurs, des agriculteurs etc.
Les particularités, les spécificités que l’on peut y découvrir concernant les gens et l’époque font de ces documents un matériel historique qu’à mon sens il faudrait regrouper dans un recueil global. Ce recueil serait à son tour le point de départ de nouvelles études et recherches

Photo n°1 : photocopie de l’une des quelques centaines de documents anciens, source possible de recherches historiques.
Photos 2 et 3 photocopies du texte original de l’acquisition lopin de terre dans le jardin de Tarayed (Hegire 873-1469) et expertise- le même document a été refait d’après le texte original en 1050 de l’Hégire (1646) puis encore, afin de le sauvegarder, en 1376 de l’hégire (1969).
C)- Création de musées ethnographiques et de la nature dans les villages du sud de la Tunisie.
1/ Exemple « Le musée ethnographique et de la nature de Smar » (Sud Est Tunisien)
Le 15 Avril 2008 à l’occasion du mois du patrimoine, a été inauguré le musée de Smar, nom d’une région et d’un village du Sud Est Tunisien, situés sur la ligne de communication routière entre Ben Gardane et Tataouine. C’est un petit centre où l’économie prédominante repose sur l’élevage des ovins et des dromadaires. Il y a là un environnement et une vie si peu contaminés par ce modernisme qui souvent transforme la nature de manière délétère, que cela a justement motivé le choix de Smar pour la création, directement sur le terrain, d’un musée de traditions sahariennes ; ce musée pouvant être la charnière de communication entre les centres d’études du nord de la Tunisie et le reste du monde. Un point stratégique où l’environnement, la vie des hommes, « la conservation » des lieux, des valeurs et des usages sont un témoignage authentique à analyser du point de vue des différentes disciplines qui concernent le désert du Sahara.
L’idée initiale du projet a été émise l’année dernière par le professeur Najib Boutaleb , recteur de l’institut des sciences humaines de Tunis, qui, le premier entre tous, a mis en place un comité de citoyens devenu la base humaine de ce projet aux objectifs importants.
Le groupe de travail élargi est constitué de membres et d’organismes de dimensions internationales ayant leurs spécificités et compétences respectives. Ceux-ci ont contribué à la réalisation du musée dans ses aspects didactiques et matériels. Il s’agit de Marino Alberto Zecchini, italien, expert en anthropologie, assisté de Franco Valenti ; de l’institut des Régions arides (IRA) de Mednine et du département de langue italienne appliquée coordonné par le professeur Fathi Nagga et des étudiants ; de l’institut supérieur des sciences humaines de Tunis. Conception et travail de réalisation ont pu se concrétiser grâce à la collaboration de tous les membres du comité associatif.
Actions de recherche sur le terrain.
Après avoir exploré le terrain sur un rayon de 50 km autour du village et sillonné des pistes connues et inconnues du désert limitrophe, nous avons pu recueillir des matériaux divers et réaliser des supports didactiques aujourd’hui mis en place dans le petit musée ethnographique de Smar.
Grâce à ces matériaux nous avons crée un « itinéraire scientifique » articulé autour de trois thèmes fondamentaux : la nature, la faune et la flore et les aspects ethniques et anthropologiques. Le but étant d’approfondir notre connaissance du désert en général et celui de la région de Smar en particulier dans sa complexité naturelle et humaine.
Ce parcours n’est pas simplement exotique et plein de charme, il est surtout l’occasion d’examiner l’environnement en ayant en tête la création d’un centre d’études ; il s’agirait d’une plateforme, la plus ouverte possible à la collaboration de tous où, organismes, écoles, chercheurs, et toute personne intéressée auraient accès ; lieu de visite, d’études et de documentation pour une meilleure connaissance des hommes, et pour l’enrichissement de la qualité de vie.
Itinéraire de musée :
Le parcours de l’exposition permet le long d’un itinéraire scientifique qui s’articule autours de quatre points thématiques fondamentaux l’observation d’objets ethniques, de grandes photographies panoramiques, de planches didactiques (textes et dessins) ainsi que le visionnage de petits films documentaires qui concernent les sujets suivants :
-Géologie : désertification et territoire.
-Anthropologie et ethnographie : les hommes, leur histoire et leurs organisations sociales et économiques.
-La nature vivante : Flore et faune dans leur complexité environnementale évolutive, sauvage et domestique et leur usage humain.
Rôle de centre : recueil et classement des matériaux qui constituent un témoignage des événements géologiques, de l’état de la flore et de la faune, de l’histoire et des traditions ethniques du désert, conservation de publications et documents (traduits en plusieurs langues) et inhérents aux thèmes du Sahara en général et des particularités locales, de la vie des hommes qui l’ont habité et des traditions de la vie dans le désert. Cartographie, recueil et conservation de cartes et de matériaux géographiques en diverses langues, anciens itinéraires caravaniers, explorations modernes, photos satellitaires, CD Rom, pistes, points G.P.S. Informations : Site web (Internet) archivage informatique des données, production de documents audio-visuels, photothèque
Propositions en Tunisie et en Europe.
A/ initiatives à intégrer aux programmes culturels et didactiques des établissements d’enseignement (disciplines et niveaux divers), des organismes municipaux, des musées, des universités et instituts, des centres d’études et de recherches, des centres et cercles touristiques, sportifs et toute institution désireuse de bénéficier de conseils, d’expositions, de conférences, de rencontres etc.
B/ Publications, recherches, monographies, documents papier, documents audio visuels.
C/ Consultations, parcours géographiques et thématiques du désert, sponsorisation.


Photo du musée de Smar le jour de l’inauguration en présence de Monsieur le gouverneur de Tataouine-5 avril 2008
D)- Formations d’une plateforme interactive :
Considérant que le désert tunisien est de par sa position géographique facilement accessible, que les conditions politiques et sociales favorisent les éventuelles recherches et études en partenariat avec les associations libres et les ministères gouvernementaux, c’est spontanément qu’est née l’idée de créer cette plateforme d’étude dont le but et de remettre en lumière l’histoire et l’état environnemental de la région en se basant sur de nouvelles sources et selon des angles de vue inédits. Une plateforme ouverte à tous : chercheurs mais également voyageurs passionnés, tunisiens ou étrangers de toutes origines qui seraient sérieusement intentionnés à contribuer à la valorisation de ce territoire sous tous ses aspects. C’est directement, sur les lieux mêmes que devraient être crées des points de contact et aussi un siège spécifique dans chacune des grandes villes Douz et Tataouine. Ce siège pourrait être contrôlé par votre université et réalisable grâce à un organisme, à une association libre ou un ministère qui de par leurs disciplines respectives s’intéresseraient aux thèmes culturels et concernant la nature. Une plateforme ouverte, comme noyau et foyer interactif entre environnement et intérêt, de par le monde, pour le « désert ». Elles ne sont pas rares les expériences entre universités et associations internationales qui ont contribué à des études et recherches spécifiques dans les divers domaines consacrés à la lutte contre la désertification, tant sur le plan de l’environnement naturel que dans le secteur culturel. Depuis longtemps déjà nous avons pu constater l’affluence de chercheurs venant essentiellement d’Europe. Anglais et récemment européens de l’Est arrivent dans le pays avec le plus souvent, un simple intérêt touristique ; mais il arrive que sur place, les vacances se transforment en voyage d’étude et cela grâce à la rencontre avec la nature grandiose et l’humanité appartenant au patrimoine Tunisien. Nous connaissons aussi une grande affluence de « touristes culturels », dont l’intérêt est à cheval entre celui pour le sport automobile et celui pour la nature et l’humanité. Il s’agit souvent de groupes qui, avec ou sans autorisation, suivent des itinéraires préalablement étudiés pour aller observer et « vivre » le désert tunisien. Nous avons également ce que l’on appelle « le tourisme de masse ». Ce sont des voyageurs qui utilisent les services des agences de voyages, avec un tour du désert compris en véhicules adaptés, ou simplement des excursions en voiture ou autobus jusqu’aux abords du désert pour y admirer les premières dunes et les couchers de soleil. Nous pouvons évaluer cette nombreuse affluence en centaines de milliers « d’arrivées » chaque année. Un potentiel humain à qui il est encore possible d’offrir notre plateforme comme point de contact interactif où s’ébaucheraient des liens interdisciplinaires. Ceux ci contribueraient au développement dans les zones de désert à travers la stimulation de nouvelles recherches et de nouveaux projets dans de diverses directions.
Enfin, je crois que pour rendre cette idée effectivement réalisable, il serait nécessaire de former un groupe d’étude et de travail chargé de suivre sans interruption le déroulement des choses et qui interagisse avec tous : chercheurs, voyageurs de toute nationalité et qui persévère dans la publication de la matière culturelle, loin de la formule « touristico-commerciale » ; un groupe qui serait l’interlocuteur privilégié de tous ceux qui viennent dans le désert pour y rencontrer nature et culture et qui repartent, avec au cœur, estime et respect de ce qu’ils y ont trouvé
08/11/2008
Marino
Alberto Zecchini
Narjes
Moussa
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