Charles de Foucauld

« Le marabout Chrétien »

Lorsque les touaregs surnommèrent Charles de Foucauld « le marabout chrétien », ils ne pouvaient pas imaginer que celui-ci serait en effet reconnu un jour par l’église comme un modèle de sainteté. Les  «  hommes  bleus » du Sahara savaient seulement que parmi eux, à Tamanrasset était venu un « Babass » (religieux nesrani) qui avait choisi d’aimer intensément cette terre de foi musulmane.Cet homme, peut être influencé par le charme du « Sahara et par la simplicité de ses gens, voulait communiquer et comprendre en profondeur. Nous pensons que ce furent là les principales raisons qui le poussèrent à composer un dictionnaire Tifinagh-Français (Tifinagh = langue écrite des touaregs) Là, dans le désert, il priait et adorait son Dieu. On dit qu’il priait au moins dix heures par jour et qu’il partageait nourriture et médicaments avec les pauvres du villages. Cependant, le plus extraordinaire était que ce « Babas », contrairement aux nombreux missionnaires de l’église romaine ne faisait pas œuvre de prosélytisme et respectait profondément l’Islam. Charles de Foucauld, de famille noble, avait été officier de cavalerie, mais ne supportant pas la discipline, il avait dissipé le patrimoine familial au cours d’une jeunesse consacrée au jeu et aux femmes. Rejeton d’une noblesse sans nobles idéaux, habité par l’ennui, mais aussi par la curiosité, il partit, déguisé en juif, explorer le Maroc. C’est à cette époque que se déclancha en lui l’intérêt pour le monde arabo islamique et qu’il commença à étudier l’arabe et à faire ses « premiers pas » dans la lecture du coran. Il aborda et étudia de vieux manuscrits arabes et grâce à ce travail il mérita les honneurs de la Sorbonne. Parti athée en terre sainte de Palestine, il s’y convertit. Il entra au couvent puis se retira dans le désert, en état de pauvreté absolue. Le monde occidental de cette période (De Foucauld est né à Strasbourg en 1858) vivait dans l’excitation du progrès et en plein esprit de conquête : colonies, matières premières, découvertes scientifiques, pensée positiviste, révolution industrielle. Mais De Foucauld, lui, élaborait sa règle spirituelle et religieuse. Il avait choisi une vie à la limite de la survie et décidé de rester parmi des hommes et des femmes qui ne partageaient pas la même foi qui lui. Il créa un symbole  pour sa théorie,  une icône qui l’accompagnera tout le long de son chemin : le cœur de Jésus surmonté d’une croix et d’une décoration en cartouche: Jésus Caritas. Une icône où il a déposé la plus noble de ses idées : sous le signe du cœur et de l’amour, l’évangile pourra se répandre. Cette simple énonciation contenait pour l’époque un message révolutionnaire et insolite, comparé aux méthodes des missionnaires chrétiens qui souvent imposaient la conversion par la force. Le témoignage de Charles de Foucauld fut très personnel et avec le temps il a acquis une valeur d’exemplarité. Son christianisme est l’annonce d’une passion et d’une victoire du bien sur le mal, « à travers une graine moutarde et de la terre », et qui est amour et partage et non pas contrainte ou marque de supériorité ainsi qu’il en était alors. « L’imitation de Christ » est donc le centre du message de De Foucauld ; reconnaître l’authentique esprit évangélique en celui qui se fait petit petit au point de s’annuler, qui descend au plus bas, justement, dans l’obscurité de la terre, qui s’y laisse macérer, qui y meure comme une graine et génère ainsi de nouvelles plantes, de nouveaux fruits de nouvelles semences….. Une sorte de Fana du mysticisme islamique ; voilà donc pourquoi ce nom donné à De Foucauld par les touaregs : «el marabout  nesreni : le marabout Chrétien » . Charles de Foucauld mourut assassiné, dans sa solitude, en décembre 1916, dans l’extrême Sud du Sahara, les mains et les pieds liés dans le dos par des hommes de grande ignorance qui voulaient l’enlever pour en retirer une vulgaire rançon. Ainsi Charles de Foucauld fut une victime sacrificielle exemplaire, un peu réparatrice d’un colonialisme qui, au faîte de ses succès amorçait finalement sa décadence. Il a fallu attendre les années trente pour que l’ermite de Tamanrasset soit « redécouvert ». Autour de ses idées religieuses se forma une petite confrérie de disciples qu’il n’eut pas de son vivant : « les petits frères et les petites sœurs » de Charles de Foucauld. Sa tombe aujourd’hui se trouve plus au nord, à El Goléa dans le désert algérien.  Les lieux du Sahara où vécut C. de Foucauld se présentent aujourd’hui comme un parcours d’aventures, encore à découvrir sur les 2000 Kilomètres qui séparent Alger de Tamanrasset. En suivant ses traces on perçoit la frontière d’un possible mais surprenant rapport entre l’Afrique du nord et l’Europe, entre des racines Chrétiennes et la civilisations musulmane, entre l’évangile appréhendé avec une attention nouvelle grâce à De Foucauld, et l’esprit ouvert d’un Islam projeté dans le futur. En parcourant de nouveau l’itinéraire de C. de Foucauld, nous rencontrons les étapes suivantes : Beni ABBES, Timimoun, Ghardaia, El Golea, et le grand Hoggar jusqu’au sommet du AS SKRAM à 2780 m où C. De Foucauld se retirait en contemplation. Aujourd’hui encore deux petits frères y vivent dans le petit ermitage sur la montagne.  A présent que l’on recommence à en parler et que l’on peut faire l’expérience de puiser de manière suggestive aux sources environnementales de son inspiration, le désert émerge de nouveau comme s’il avait été dans l’histoire d’aujourd’hui et de celle du passé au centre des relations humaines, intellectuelles et religieuses où l’homme s’est sans cesse renouvelé à l’occasion des étapes du temps.

 traduit de l'italien par Narjes Moussa  

 

Marino Alberto Zecchini